Martine autour du monde ...

 

J'arrive à La Havane à 21h (3h du matin en France), après un « jour- nuit » sans fermer l'oeil, en même temps que 6 autres gros porteurs : autant dire qu'il y a foule de touristes ! Et qu'il me faut plus d'une heure avant de m'en sortir, après de multiples contrôles, prise de photo, etc...

 

Cuba touristique

 essai 023

 

Une jeune femme, Odalize, m'attend et nous sympathisons tout de suite avant de parcourir les 17 km qui rejoignent le centre de la ville. Il fait nuit, la grande autoroute à 6 voies est vide... je me demande où ont bien pu passer tous ces gens de l'aéroport. Sur les bas côtés, une banlieue manifestement très pauvre à peine éclairée... puis on traverse le quartier de Centro Habana et la Place de la Révolution, avec ses grands portraits, éclairés eux, du Che, d'un côté, et de Camillio Cienfuegos, de l'autre. Le chauffeur très sympa, m'explique les quartiers traversés.

Les rues sont toujours désertes, les rares véhicules roulent à toute vitesse … je stresse un peu et demande au chauffeur s'il n'y a pas de limitation en ville, il me dit : si, 50 ! Il y a 2 sortes de taxis : les officiels (plaque d'immatriculation bleue) et les non officiels (plaque d'immatriculation jaune). Je constaterai par la suite, que tout est comme ça ici : l'officiel et le non officiel.

Mon hôtel « O'Farrill » de style andalou, avec un magnifique patio, est très bien situé dans la Habana Vieja, mais le tuyau d'écoulement de eaux qui passe juste à côté de ma chambre fait un bruit d'enfer et m'empêche une nouvelle fois de dormir. Je change de chambre le lendemain !

 

Pendant 2 jours je vais parcourir le quartier de la « Habana Vieja » clasée au patrimoine mondial par l'UUNESCO en 1982, dans tous les sens, quartier le plus ancien, témoignage de la période coloniale espagnole, en pleine rénovation (qui devrait être terminée en 2050!), le plus touristique, le plus vivant peut être aussi. Avec ses bâtiments du 16ème au 19ème siècle, les restes de ses anciennes fortifications, ses maisons en calcaire qui s'effondrent, la plaza de armas, la plaza vieja, la magnifique cathédrale construite par les jésuites au 18ème siècle, le Capitolio construit de 1920 à 1929, copie de celui de Washington, le Prado qui relie le Malecon, une immense promenade de 7km, le long de la baie de la Havane …

 

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 Le Malecon, la Cathédrale, entrée d'immeuble, promenade en "bicitaxi" :

 

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J'ai passé plus de 2 heures au « Musée de la Révolution » dédié à l'histoire du pays et surtout bien sûr à la gloire de Fidel Castro que l'on voit sur des centaines de photos qui retracent sa vie et son parcours.

 

Plusieurs choses me frappent immédiatement en arrivant ici : la grande pauvreté de la population et l'état de délabrement des habitations. Derrière les façades parfois correctes se cachent des entrées d'immeubles dans un état de saleté et de dénuement impressionnant.

Les petites rues sont défoncées, à tel point que prendre un pousse-pousse devient un véritable expoit! Les voitures sont rares, les tuk tuk et les taxis les remplacent.

 

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Ce que je vois de la fenêtre de mon hôtel , et mon hôte (O'Farril)l ! 

avec un excellent groupe de musiciens "Son de Oro", dont j'ai acheté le disque 

 

Les gens manquent d'argent, ils ont faim. Ils vivent dans des maisons complètement décaties. Ils « mendient » beaucoup à leur façon, c'est à dire qu'avec un savoir faire bien rodé ils apostrophent le touriste par des « amigo ! » à n'en plus finir pour quémander un peso … Ils engagent la conversation sur n'importe quel sujet pour finir par demander de l'argent que l'on ne peut refuser. C'est ainsi qu'une jeune femme est venue m'aborder pour me présenter ses deux petits enfants, parler avec moi de tout un tas de choses, puis elle a fini par me demander si je voulais bien la suivre pour voir un « magasin d'alimentation », ces magasins où se rendent les cubains pour acheter leur nourriture avec leur ticket de rationnement (les libretos) ce que j'ai fait bien sûr. Là, dans un magasin qui ressemble un peu à un petit « Lidle » de chez nous, j'ai vite compris qu'elle avait épuisé tout ce à quoi elle avait droit, et que je devrai payer pour elle. Elle a commandé une énorme quantité de nourriture qu'elle s'est fait mettre dans deux grands sacs en plastique … il y en avait pour 50 euros ! J'ai dû négocier quand même un peu pour qu'elle en rende une partie. Puis elle a disparu très vite...

 

Par la suite à de nombreuses reprises j'ai pu constater que les gens avaient vraiment faim, c'est leur plus gros problème. Les carnets d'alimentation ne sont pas suffisants, tout est dépensé en quelques jours et comme ils ne sont pratiquement pas payés même s'ils travaillent beaucoup, ils ont des difficultés à survivre. Heureusement les touristes sont là.

 

Mais il y a bien d'autres façons d'aborder le touriste : se déguiser, danser, chanter, prendre des photos... 

Je me suis rendue compte et cela m'a été confirmé que Cuba vit « au noir », tout se joue sous la manche. Le marché noir est omniprésent dans tous les domaines et pour tout le monde. C'est en quelque sorte un marché noir « autorisé » sinon légalisé.

 

Les cubains de La Havane chantent et dansent beaucoup. Ils aiment ça : la salsa est omniprésente, à chaque coin de rue, dans les bars et les cours des habitations.

Ils parlent beaucoup aussi. J'ai l'impression que contrairement aux Birmans par exemple, qui dans leur grande majorité se taisent et ne quémandent jamais, les cubains se « défoulent » sans crainte, avec les touristes. J'ai notamment été surprise de la liberté de parole des guides qui n'hésitent pas à nous dire tout ce qu'ils ont sur le coeur et sont très critiques avec leur régime. Odalize m'a tout de suite plu pour ça, et Miguel aussi, le guide de Christian et Jocelyne avec qui j'ai passé une journée : nous avons été heureux de nous retrouver ici, quelle coïncidence !

 

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J'ai fait aussi hier une autre belle rencontre : un jeune homme de 30 ans très « noir » rencontré dans la rue, qui m'a emmené déjeuner chez un de ses amis dont la mère tient une « paladar », un "restaurant privé" chez elle : nous sommes donc rentrés dans sa petite salle à manger et nous avons discuté pendant plus d'une heure : Yoaundry m'a raconté sa vie et son envie de partir le plus vite possible retrouver sa mère partie à Miami il y a 5 ans. Il a fait des études, parle anglais, et travaille comme assistant dans un atelier d'art : 50 euros environ par mois. Il m'a expliqué qu'il n'arrivait à vivre que parce que sa mère lui envoyait 100 euros par mois via Western Union. Il met cet argent de côté pour pouvoir se payer son « exil » aux USA. Il pourra le faire dans la mesure où sa famille est là bas. Mais cela coûte très cher, surtout les visites médicales à faire avant de partir (800 euros), ainsi que tous les papiers, démarches, et billet d'avion. Nous devions nous revoir aujourd'hui, mais cela n'a pas été possible, alors il vient de me téléphoner, tout triste, à l'hôtel. J'essaierai de le revoir avant de partir.

 

Le voyage c'est toujours ça aussi : un peu de culpabilté et de tristesse quand l'on ne peut revoir ni aider ceux qui en auraient besoin.

 

Demain je pars pour Vinales... avant de revenir une journée ici à la fin de mon séjour à Cuba. Ce sera avec plaisir car La Havane, malgré sa pauvreté est tout de même une ville pleine de charme qui ressemble à Séville ou Cordoue.

 

Published by Martine Bachelier - - Cuba

commentaires

pierrot 04/12/2011 23:53

Ils ne seraient pas un peu roublards sur les bords, les petits Cubains ;) ? C'est fou quand même cette histoire de rationnement et de ticket pour l'alimentation... Ca me surprends du coup pas trop
que le touriste soit alpagué de toute part !

gilles 02/12/2011 20:27

Elle est belle et triste à la fois l'histoire de ces gens d'infortune que tu rencontres au gré de tes déplacements. Cela mérite plus que la méditation sur le sens de la vie et même de sa propre
vie.
Mais elle montre bien la puissance destructrice des dictatures; c'est partout et tout le temps la même chose. Les peuples ne s'en sortent pas. Seules les révolutions permettent de se libérer du
joug du dictateur : une leçon pas banale dans ce pays au destin foudroyé.
Gilles

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